Petite histoire écrite par Mamzel' Rêv' pour Mamzel' Bul'.
Il était une fois, une demoiselle et son rêve, enbullé dans une sphère transparente aux reflets de fin de pluie. Un rêve aux formes masculines, aux formes idéales, une statue de songes sur son piédestal. Un rêve autour duquel gravitait une histoire qu'elle se plaisait à nourrir chaque jour d'aventures qui se passaient une fois l'an. Une attente de trois années durant laquelle la demoiselle somnolait dans son imaginaire. Et puis un beau jour, la demoiselle s'assoupit. Son rêve prit forme. Une journée, puis deux, puis trois dont le souvenir germa dans son esprit. Des beaux jours, puis une belle nuit, cette nuit, cette fois, cette première fois. Le rêve était beau. La beauté prenait forme, prenait sens. La confiance reprenait ses lettres de noblesse, elle existait. Croire. Y croire. Pour de vrai. Pour de rêve. Mais les rêves prennent parfois des saveurs inattendues. La bulle de la demoiselle surprit un goût d'amertume dans son conte. Cette sphère translucide prit soudain une teinte opaque, les nuages d'un orage noir emplissaient peu à peu son doux sommeil, comme l'encre de Chine du pinceau du peintre se dilue dans l'eau claire une fois l'estampe terminée. Une confusion jalouse qui fit sursauter la demoiselle dans son sommeil. L'air de sa bulle devint froid. La noirceur et l'air glacé. Le frisson et la peur. Le doute et la sensation de se perdre. Le garçon devint silencieux. Une attente imprévue d'une réponse, d'une explication au pourquoi qui tiraillait son c½ur. Il n'y avait pas eu de tempête dans sa bulle, et la chaleur étouffante de l'orage ne s'était pas manifestée, il n'y avait pas eu de cris. Juste le froid du manque. Elle ne comprenait pas. Une image brouillée par les tourbillons denses de fumées de coton. Et puis l'éclair a frappé, comme ça, sans raison, les parois de la bulle. L'éclair mal ficelé. La bulle a éclaté, la demoiselle s'est réveillée. En sursaut. Des sueurs froides. Des gouttes chaudes et salées, du cristal liquide dans ses yeux bleus. Sa peau blanche tachetée de gourmandise enfantine scintillant des perles tristes de voir son rêve éclater. Les nuages ont perverti le rêve.
La demoiselle, bien éveillée, ferma les yeux, ses paupières cachèrent ses deux turquoises humides. Elle se mit à penser, à sombrer, non pas dans le sommeil, mais dans cette torture bien alerte qu'est la réalité. La réalité pure et dure, sans artifice, sans décor fantaisiste, sans beauté. La réalité de l'absence, de la déception, de la colère, de l'acceptation, du manque, de la rejection, du regret. Maintenant le rêve s'est évaporé, il y a du temps, du temps pour y penser, du temps pour y réfléchir, du temps pour se torturer l'esprit, pour suicider les rêves d'amertume.
La déception, voir cette silhouette masculine se réduire au commun des cons, voir cette statue exploser en torts et en dégoût. Un lâche qui se confond en excuses dérisoires, qui se confronte à se qu'il se plait à donner mais qui ne fait pas face. Une fuite de grands principes d'avenir, de choses pratiques qui passent bien avant ce sujet. Bien avant le sujet qui fait couler son flot d'encre depuis des siècles. Bien avant.
La blessure, profonde écharde dans le c½ur, qui s'infecte, qui fait mal. Trop sensible au toucher pour avoir le courage de l'arracher. L'écharde avait changer le rapport que la demoiselle entretenait jusqu'alors avec son c½ur. Il lui faisait mal, il la piquait, la brûlait. La saveur du sang qui circulait avait tourné vinaigre. Elle était partagée entre ses souvenirs duveteux de bonheur à deux et la ranc½ur qui s'amoncelait contre ce lui. Elle analysait. Les biens et les moins bien. Ce qui avait manqué. Ce qui aurait pu être. Ce qui avait marché. Ce qui avait échoué. Ce qui aurait été.
Elle doutait. Les sentiments avaient-ils été partagés ? L'avait-il aimé ? Elle, elle l'avait aimé. Elle l'aimait peut être. Elle l'aimait peut être encore. Elle avait donné son temps, son amour, sa patience, sa force et son intimité pour lui prouver le concret de ces trois mots. Ces trois mots qu'elle avait chéris. Ces trois mots qu'elle avait rêvés. Ces trois mots qu'elle haïssait.
Rêver. Imaginer. La folie. La magie. Elle regardait ces moments et les trouvait fade. Sans surprise. Un manque de surprise. Etre prise par le temps, par un programme, par une dictée de mouvements sans fantaisie. Prisonnière d'un quotidien qu'il suffit pourtant de pousser de l'épaule pour laisser place à l'imaginaire hors du temps. C'était possible. C'était faisable. Ou peut être pas.
Assez de pensées. La demoiselle a ravalé la salive de son regret. Le manque est là. L'écharde la blesse. Il faut être forte, avoir du courage et retirer l'épine de la chair de son c½ur. La demoiselle prend des forces, s'appuie sur sa volonté. Elle est affaiblie par le silence des autres qui porte l'estocade d'une dernière vérité pourtant destinée à la protéger. La demoiselle prend peur. Elle aimerait vomir cette Excalibur malfaisante de son c½ur, l'arracher à la blessure qui commence à s'empierrer de « si » pour lui permettre de se gonfler d'avenir.
La demoiselle a timidement glissé un télégramme moderne à sa moitié du rêve pour que celle-ci lui prête sa plume. Elle lui a demandé de jeter des mots, des phrases sur ses brouillons, pour écrire la fin de cette histoire. Mais les histoires n'ont pas de fin, il existe toujours des péripéties à imaginer après la pseudo fin d'un roman. Il ne tient qu'au lecteur de les imaginer, de les réaliser.
Alors voilà, ma demoiselle, il est jeté, sur mon clavier, il est cloué à ces mots, il est cousu à ces phrases, prisonnier de ce brouillon une bonne fois pour toute. Tu peux retirer l'écharde sans crainte qu'il ne t'en empêche. Il est prisonnier de cette page.
Alors voilà, ma demoiselle, prend le temps d'être, le temps d'un instant, lectrice de ton histoire. Place le mot fin après le nom de cette silhouette masculine. Et imagine. Imagine qu'après ce mot fin, après l'évanouissement de cette silhouette, un garçon se dessine sur la page blanche laissée volontairement à la fin du roman. Un garçon qui ne ressemble en rien à cette silhouette évanouie de l'histoire. Ce garçon s'écrit un jour où on ne s'y attend pas, à la fin d'un livre de conte pour enfant. Il n'est jamais celui que l'on croit et c'est cela la vraie surprise. Celle qui déclenchera toute les autres et qui deviendra l'élément perturbateur du nouveau tome de ton histoire.
Alors voilà ma demoiselle, ce lundi soir, je voulais juste te dire que je t'aime très fort, de tout l'amour qu'une amie peut apporter.
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Et ce texte, pour vous ?